Citations de Desvallières


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Desvallières sur l'Art sacré



« L'art est toujours religieux, c'est-à-dire qu'il a toujours à exprimer des besoins très mystérieux que les paroles ne peuvent dire, et qui touchent à nos aspirations les plus élevées.

« Ce que nous représentons sur une toile, ou que nous taillons dans un marbre, n'est que le prétexte à cet épanchement de notre être. Et quel que soit le sujet rendu, que ce soit l'Olympia de Manet, la Sainte-Famille de Léonard de Vinci ou une nature morte de Chardin, l'artiste devrait toujours dire : « Voilà ce que j'ai vu de Dieu. » »


George Desvallières, « Art chrétien », conférence, 1911.


« Nous voulons dans cette école façonner des artistes qui sachent se faire comprendre de l'indifférent qui passe, soit par des lignes et les proportions d'un édifice religieux, soit par l'ornementation extérieure d'un porche, soit par les mille moyens de la décoration intérieure. Nos ancêtres savaient parler à leurs contemporains dans les histoires sacrées qu'ils contaient tout au long des murailles de la cathédrale. Beaucoup d'entre nous sont encore assez croyants et assez artistes pour pouvoir interpréter clairement, selon les moyens de leur art et selon l'esprit de leur temps, les sujets éternels de la tradition religieuse. Il y a encore des artistes qui ont la foi. Ils sont malheureusement isolés les uns des autres. Ce qui est plus grave, c'est que beaucoup d'entre eux n'ont pas développé leur intelligence avec autant de soin et de ténacité qu'ils ont développé leur éducation artistique. A nous de créer une mentalité qui fasse jaillir en même temps la foi et les œuvres. Nous ne pourrons y atteindre que par le développement parallèle de notre intelligence de chrétien et de notre science d'artiste. C'est pourquoi dans notre école les cours de plastique se complèteront de cours sur la science religieuse. Voici à peu près comment j'imagine la journée de nos étudiants : le matin ils entendent la messe, méditent l'Evangile et l'Epître et s'en vont travailler soit d'après le modèle vivant, soit d'après les moulages du Trocadéro en gardant cette double préoccupation : poursuivre leur propre culture, faire œuvre d'apostolat. Travailler en présence de Dieu et produire peu à peu des œuvres d'artiste qui puissent aider les autres hommes à comprendre et à aimer les grandes vérités éternelles, voilà, le double but. […]

« Il faut qu'ils connaissent la vie et qu'ils interrogent la nature. C'est la grande inspiratrice. Elle est le reflet de Dieu. A nous de la comprendre et de savoir l'interpréter. Même les spectacles de laideur et de vice, il faut les avoir vus, il faut les avoir regardés. Mais l'illumination intérieure ennoblit et transfigure tout. Pour celui qui sait regarder en projetant sur ce qu'il voit le rayon transfigurateur de sa foi, de son désir d'apostolat et de sa conscience d'artiste, tout est matière à œuvre d'art, tout peut devenir l'occasion d'un chef-d'œuvre d'art religieux. »

George Desvallières, « Y a-t-il une renaissance de l'art religieux ? »,
interview, Le Temps, Paris, 9 janvier 1912.



« Aucune des victoires du communisme, du socialisme ne doit être condamnée d'office par nous chrétiens, nous en devons étudier les causes et en reconnaître la justice si nous pouvons y trouver un nouvel élément de charité, un levier pour notre art.

« Il en est de même des acquisitions plastiques faites loin de toute préoccupation religieuse. Etudions-les, faisons-les servir à la gloire de Dieu. Je ne parle pas seulement des impressionnistes, d'un Daumier, d'un Lautrec. Même dans une école d'exclusive plastique comme celle d'un Picasso ou d'un Matisse, sachons puiser une richesse de formule ou une subtilité qui rendra nos prières accessibles à ceux-là mêmes qui les méconnaissent le plus.

« Sincérité, réalité, humilité, voilà quels doivent être les moyens qui nous permettront, artistes et croyants, d'atteindre à cette charité de saint Paul, sans laquelle la science, si admissible soit-elle, et le miracle même ne sont rien, et sous le signe de qui l'art moderne peut seulement donner son maximum de beauté et toute sa force apostolique. »

George Desvallières, « Saint François d'Assise », conférence, 1932.



« Nous irons chercher nos directives plastiques auprès des humbles de l'art, des méconnus de jadis qu'ont été les Millet, les Corot, les Delacroix, les Monet, les Sisley, de nos jours les Vuillard et les Bonnard. Nous irons à eux parce qu'ils ont eu le courage d'ouvrir toutes grandes les fenêtres de leurs ateliers pour y laisser pénétrer à grands rayons le soleil et la vie. »

George Desvallières, « Propos sur l'art religieux moderne », Sept, 3 mars 1934.



« J'ai toujours pensé que dans une église, ce n'est pas tant le bon chrétien, l'habitué des autels, que nous devons atteindre dans notre apostolat plastique. C'est l'incroyant, l'antichrétien qui entre dans une église pour assister à un mariage ou à un enterrement. Comme cet individu ne prie pas, il regarde, pour se distraire. C'est là où je le guette. Voilà une couleur un peu bizarre, son œil est accroché, une composition un peu confuse, cela excite sa curiosité, il cherche à déchiffrer, et voilà une figure réellement douloureuse qui lui apparaît ; cela lui rappelle les traits d'un être cher disparu, les angoisses, les sueurs qui tordaient la figure de tel ami martyrisé, ou les suffocations d'un poitrinaire, les morsures d'un cancer, ou la simple tristesse d'un moribond quittant les siens. Cela ramène notre libre penseur au pauvre mort qui est là dans le cercueil, si c'est un mariage, que toute joie est toujours accompagnée tôt ou tard des mêmes souffrances. »

George Desvallières, « Les souffrances de Notre Seigneur Jésus-Christ »,
conférence, Bercy, 1935.




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© Catherine Ambroselli de Bayser, janvier 2016.